Plongée dans l’histoire des corsaires et des armateurs de Saint-Malo…

Guerre de Course et Commerce

Saint-Malo fut construite pour son port de commerce au XIIème siècle. En 1720, elle est le premier port de France et le 3ème d’Europe.

Nombre d’armateurs vivent dans la citadelle, ces armateurs ont deux activités, l’une en temps de paix qui est le commerce et l’autre en temps de guerre qui est la « guerre de course » d’où le terme corsaire.

Hier, je suis allée visiter la Demeure du corsaire et armateur François Auguste Magon de la Lande, corsaire sous Louis XIV et directeur des Compagnies françaises des Indes orientales.

L’hôtel Magon à Saint-Malo, Intra-Muros est classé monument historique. L’intérieur et l’extérieur sont restés tel quel, ne vous attendez à rien de fastueux, le bâtiment et son mobilier sont finalement assez sobres. La visite se limite à quatre pièces et aux caves mais grâce à l’exposé vivant et passionnant du fils du propriétaire, Pierrick de la Rivière, j’ai passé un très bon moment.

Je vous livre ici un petit retour de ma visite, enrichie de documentations et recherches personnelles, j’espère que cette plongée vous apprendra un peu et surtout vous donnera envie de venir visiter notre magnifique citadelle !

Copyright photos: Hôtel Magon ou photos libres de droit

En temps de Guerre

La Guerre de Course

A contrario des pirates, les corsaires travaillent pour le Roi qui délègue aux armateurs le soin de piller les navires sous pavillons ennemis, le corsaire se paye sur les prises à hauteur de 80%, le reste revenant au Roi.

La « guerre de course » est régie par des traités entre les différents pays avec obligation de porter le pavillon national. Elle existe un peu partout dans le monde, en europe, en méditerranée, dans les amériques, en mer de Chine…La guerre de course est mise hors la loi par les nations européennes à l’occasion de la signature du traité de Paris, le 16 avril 1856. Les puissances s’interdisent à compter de ce jour de délivrer des lettres de marque.  

Car oui, Corsaire est un statut délivré par la lettre de marque du Roi. Ce statut dit que s’il est pris, le corsaire est un prisonnier de guerre, qui doit être soigné, nourri, et rapatrier à terre dans les geôles de l’ennemi qui a pour mission de le garder prisonnier jusqu’à la fin de la guerre. Enfin…

Les marins corsaires reçoivent un salaire fixe et une prime sur les prises, en outre, en cas de deuil du marin, la famille reçoit une obole.

Ce qui n’est pas le cas des pirates… Ceux-ci travaillent à leur compte et s’ils sont pris, ils sont égorgés et passent par-dessus bord, la piraterie est un crime !

Saint-Malo et les Corsaires

En 1689, le prince Guillaume d’Orange, souverain de Hollande, ennemi farouche des Français et champion du protestantisme en Europe, monte sur le trône britannique. Il fait basculer le Royaume-Uni – et sa puissante flotte de guerre ! – dans le camp de ligue d’Augsbourg qui fédère déjà une grande partie de l’Europe contre Louis XIV. La Bretagne se retrouve en première ligne d’un conflit qui va perdurer pendant plus d’un siècle, au point que certains historiens évoquent une seconde guerre de Cent ans.

Le roi envoie son meilleur architecte, le célèbre Vauban, pour assurer la défense du littoral breton. Vauban va notamment fortifier Saint-Malo, dont il entrevoit l’importance pour la guerre de course. Ce grand stratège a en effet rédigé un Mémoire sur la Caprerie (les corsaires) où il estime que si les Anglais et leurs alliés hollandais possèdent des flottes supérieures aux escadres françaises, leurs principales ressources proviennent du commerce maritime. D’où l’importance de le perturber grâce à la guerre de course « qui est une guerre de mer subtile et dérobée, dont les coups seront d’autant plus à craindre pour eux qu’ils vont droit à leur couper le nerf de la guerre. »

Les défenses de Vauban ne seront pas de trop à Saint-Malo qui subira plusieurs attaques, toutes repoussées, des Britanniques. Il est vrai que la ville est un véritable nid de corsaires. Entre 1688 et 1713, on compte ainsi plus de neuf cents navires corsaires armés à Saint-Malo ! Les prises pouvaient également être très importantes. En 1707, Duguay-Trouin s’empare d’un convoi espagnol de deux cents voiles, escortées par six navires de guerre…

 

A l’Abordage!

Le but du corsaire est d’enlever le pavillon des navires marchands ennemis, sans pavillon celui-ci ne peux plus combattre selon les traités signés, et il perd sa cargaison.

Les navires corsaires sont souvent de bâtiments de petite taille, rapides et faciles à manœuvrer comme les cotres et les flûtes. Ils peuvent facilement aborder les lourds navires marchands.

Malgré des récits épiques des exploits de corsaires, la plupart des abordages n’avaient pas lieu après une bataille rangée. Les prises se faisaient grâce à la surprise, la ruse et, surtout la peur. Les corsaires savaient ainsi jouer de l’arme psychologique que leur conférait leur terrible réputation. L’appréhension de subir un abordage brutal et meurtrier faisait que nombre de navires marchands préféraient baisser pavillon avant de se lancer dans un combat hasardeux. Une reddition était souvent plus sûre. Les règles de la guerre de course imposaient en effet aux corsaires de respecter la vie des prisonniers. De même, si la cargaison constituait le butin, il leur était interdit de toucher aux effets personnels des marins et des passagers capturés.

Mais si le combat avait lieu, une hache servant de piolet pour gravir la coque et un sabre pour égorger à souhait étaient nécessaires. Pas de pistolet malheureux ! La poudre eût été mouillée avant même d’être arrivé sur le pont … Les combats pouvaient durer plusieurs jours.

La lutte terminée, on remplace le pavillon, on charge un petit équipage de 15 personnes afin de rapatrier le navire et surtout sa cargaison au port de … Saint-Malo ! Oui c’est celui qui nous intéresse…

Là, un tribunal des prises vérifie que les conditions d’abordage aient respecté les traités- et oui !- pour enfin délivrer une attestation de bonne prise et enlever les scellés de la marchandise qui sera revendue.

Les deux corsaires malouins les plus connus: Robert Surcouf et Duguay Trouin

Surcouf, roi des corsaires

Robert-Charles Surcouf naît à Saint-Malo le 12 décembre 1773. Il s’engage à treize ans comme volontaire sur l’Aurore. Nommé capitaine à vingt ans, il va s’engager dans la guerre de course qui va lui permettre de faire fortune. On raconte qu’il a choisi cette voie pour contenter le père d’une jeune malouine qu’il souhaitait épouser et qui lui avait dit qui accorderait la main de sa fille lorsqu’il reviendrait riche… Ce qu’il fit en 1801. Naviguant auparavant dans l’océan indien, il inflige de lourdes pertes aux navires britanniques. Il entre dans la légende en 1796 en s’emparant avec cent quatre-vingt-dix hommes du Kent, un navire trois fois plus gros que le sien. Rentré à Saint-Malo en 1801, Napoléon lui propose deux ans plus tard de prendre le commandement d’une escadre. Surcouf refuse, n’ayant guère de goût pour la discipline militaire. Il continue son activité de corsaire et était considéré par les Britanniques comme l’un de leurs plus redoutables ennemis. La paix revenue, il se consacre au commerce. Sa fortune était considérable lorsqu’il s’éteignit le 8 juillet 1827 à Saint-Servan.

Un Malouin prend Rio

La Course est une guerre menée par des civils sous autorisation officielle, mais qui ne sont pas soumis à l’autorité d’un État-major. Les corsaires ne sont donc pas soumis aux règles de discipline très dures de la marine de guerre de l’époque. Ils agissent sur des coups de main et font volontiers preuve d’indépendance et d’opportunisme afin de déstabiliser les lignes de ravitaillement ennemies. Ils peuvent également être engagés dans de grandes opérations combinées, comme lors de la prise de Rio de Janeiro, au Brésil, par l’un des plus célèbres corsaires malouins : Duguay-Trouin. En 1711, avec une flotte de plusieurs navires et des milliers d’hommes, il parvient à forcer les défenses côtières de la baie de Rio. Puis, il fait le siège de la ville qui tombe au bout de onze jours. L’expédition lui permet de libérer un millier de marins français et d’obtenir une lourde rançon.

En temps de Paix: Le Commerce

Le Commerce interlope

Les armateurs de Saint-Malo vers 1680, se spécialisent dans le commerce de l’argent et plus précisément de la monnaie espagnole.

Le Pérou est à l’époque espagnol, et regorge d’argent et d’or.  L’Espagne fabrique directement sur place la monnaie marquée par le sceau du Roi, les piastres. Les Anglais et les Français concentraient leur rivalité sur ce marché « contestable » et pratiquaient la contrebande de ces pièces de monnaie,  le commerce interlope.

Une contrebande malouine s’organise et la route du Cap Horn est ainsi créé par les équipages malouins en 1701 pour rapatrier les piastres à Saint-Malo. Une fois, au port, l’hôtel des monnaies, donc l’Etat, se charge de fondre le métal et de fabriquer la monnaie française…

Le roi d’Espagne interdira quelques années plus tard la contrebande…

Petite anecdote sur les pirates des Caraibes *

Cette épopée rendue célèbre par le fameux capitaine pirate Jack Sparrow, interprété par Johnny Deep, a une base véridique. En effet, les pirates attendaient patiemment les navires espagnols chargés de piastres venant se ravitailler dans les îles accueillantes des Caraïbes. Et…

La Compagnie des Indes

Louis XIV oblige alors les négociants de Saint-Malo à racheter la Cie des Indes en faillite, la 2ème Cie des Indes française se crée. Une Cie des Indes étant un terme générique ayant pour but de gérer le commerce entre un pays et ses colonies.

Il existera trois différentes Compagnies des Indes ; française, anglaise et hollandaise

De Moka au Yémen seront ramenés le cacao, de Pondichéry, les épices et de Chandernagor, les toiles de coton appelées « Les Indiennes ». Toiles imprimées qui n’existent pas encore en Europe.

Toutes ces marchandises seront transportées dans des tonneaux, d’ailleurs on calculait la capacité d’un navire en tonneaux… Plus pratique à transborder et à stocker. 1 tonneau est égal à 1 homme 1/2 dans le calcul de capacité du navire.

Voici quelques noms de  riches armateurs malouins de l’époque qui firent la fortune de la citadelle 

Eon, Danycan, Grout, Le Fer, Magon, Picot, Porée, Trublet.

Pour plus d'information

Vous avez des questions sur mes prestations ou souhaitez un devis

ultricies Curabitur nec libero Aliquam vel, dictum Lorem