Un fleuve nommé

La Rance

Visiter la Côte d’Emeraude c’est obligatoirement découvrir le pays de Rance qui couvre le territoire à travers ses deux rives de Saint-Malo, Dinard jusqu’à la fabuleuse moyenâgeuse ville de Dinan. Des villages s’égrènent au fil de l’eau, Saint-Suliac, la Richardais, Plouër-sur-Rance, Pleudihen sur Rance, pour ne citer qu’eux… L’objet de cet article est de s’intéresser à quelques activités fluviales de la Rance dans l’Histoire.  J’ai fait un choix non exhaustif. Le sujet est si vaste !

 La Rance est un fleuve long de 103 km se jetant dans la baie de Saint-Malo par un estuaire entre Dinard et la cité malouine. Importante voie de communication vers l’intérieur des terres, elle prend naissance dans le Méné, à une vingtaine de km au sud de Lamballe, à 256 m d’altitude. Ses sources se situent d’une part près du bourg de Collinée, et d’autre part vers la Ville-Rouxel. Ses deux branches s’unissent à Saint-Jouan-de-l’Isle et s’élargissent à partir de Dinan. Au niveau de son estuaire terminal, avant que la montée des eaux ne les confondent, la Rance se divise en deux bras à hauteur de la statue de Bizeux et constituent deux chenaux ; le Chenal de la Grande Porte et le Chenal de Dinard.

Son nom particulier, Rance, tient de son étymologie latine Reg-, arroser, rendre humide 

La présence de l’homme dans cette région est attestée pour la première fois vers 350 000 à 300 000 avant JC. Tout au long du néolithique, des hommes se sont installés sur les deux rives de la Rance qui n’était alors qu’un mince cours d’eau courant entre les dunes hautes des actuelles villes de Dinard et Saint-Malo. Les traditions de chasse et de pêche s’y développèrent.

La Pêche

 

 Les pêcheurs côtiers étaient des inscrits maritimes depuis que Colbert, au XXVIIIè siècle, avait réorganisé la Marine. Ces marins avaient le devoir de servir militairement dans la Marine de l’Etat pendant une durée minimale et aussi verser une partie de leur salaire, 3%, à une caisse appelée « Invalides ». Après avoir accompli un certain temps de navigation, ils pouvaient percevoir une retraite.

L’administration de la Marine publia en 1853 un décret visant à préserver les ressources et préserver les espèces de poissons ! Ce décret dénonçait déjà, la diminution en ressources en poissons et coquillages. Ainsi réglementée, la pêche côtière bascula dans l’ère moderne.

La pêche au carrelet ou au carreau 

La pêche au carrelet était autrefois pratiquée dans la Rance de deux manières différentes : de la rive ou d’un bateau. Vers 1960, au début de la construction du barrage de la Rance, le bateau fut abandonné. La pêche de rive fut elle fortement améliorée par la construction de cabanes, la plupart entre l’écluse du Châtelier et le pont de Lessart. Ainsi, plus besoin de transporter un matériel encombrant et il était aisé de remonter rapidement son carrelet à l’aide d’un treuil.

La pêche à la ligne et aux cordes

Traditionnelle, la pêche à la ligne ou aux cordes est permise durant l’ensemble de l’année. Elle se pratique soit en bateau, soit à pied. On place sur une corde, tous les 2m, des avançons, à l’extrémité desquels sont fixés des hameçons. En bateau, une bouée est attachée à chaque extrémité de la corde et des pierres destinées à la retenir au fond.

La pêche au lançon

avec pelle en bois ou en fer, à Saint-Suliac

Sacré un des plus beaux villages de France, Saint-Suliac, à quelques kms de Saint-Malo et en bordure de Rance, s’est fait une spécialité de la pêche au lançon, petit poisson fameux au corps allongé et qui disparait la tête la première à l’approche d’un danger. Pêché en avril et en mai, à marée basse lorsqu’il s’enfonce dans le sable, on s’arme d’une pelle en bois ou en fer pour le déloger

La pêche au lançon à la chippe

Petit bateau arrondi aux deux extrémités construit généralement au chantier de La Landriais, elle mesurait entre 5 et 5.5m pour une largeur de 2m. La chippe disposait d’une voile au tiers( voile quadrangulaire qui avait la drisse frappée au tiers de la vergue vers l’avant) pour se rendre sur les lieux de pêche et revenir quand les vents étaient favorables. La pêche nécessitait 4 hommes qui utilisaient les hamblons, longues rames.La chippe était également utilisée pour la pêche aux crustacés et autres poissons frais.

En 1990 une association « LA CHIPPE MARIA » est créée pour faire revivre ce bateau. Un plan sauvé d’un incendie du chantier LEMARCHAND . Ce plan annoté par le constructeur, complété de dessins de l’armateur Joseph MONCANY, sera la base d’une reconstruction à l’identique. Le 15 août 1991, plus d’un millier de personnes étaient sur le Quai de Rance pour entourer LA CHIPPE MARIA lors de sa mise à l’eau. Un an plus tard, les suliaçais (habitants de Saint-Suliac d’où est originaire la chippe) étaient récompensés au rassemblement de Brest 1992 en obtenant le 1er prix de « mobilisation culturelle pour le projet et la réalisation du bateau » et le prix « d’authenticité de respect des plans originaux ».

Aujourd’hui, la chippe Maria participe à de nombreux événements maritimes, à Douarnenez, Ploumanach ou encore à la fête de la morue, à Binic.

Le transport de marchandises

Les Gabariers de la Rance

A partir du 16ème siècle et jusqu’au milieu du 20ème, les Gabariers de Pleudihen, aussi connus sous le nom de « Gabarriers de la Rance », assuraient le ravitaillement de Saint-Malo en bois de chauffage et en fagots pour les boulangeries qui produisaient, outre le pain, les biscuits de mer pour les navires en partance pour Terre-Neuve. Saint-Malo avait besoin de bois et Pleudihen la proximité des forêts, les gabariers vont le leur transporter au gré de la marée et du vent. Le bois venait des forêts du Tronchet, de Coëtquen, de Tarnouarn, par le « chemin bleu » (de la couleur des granits de Lanhélin). Il arrivait au « Havre » des Bas Champs et formait des montagnes.
Plus tard, les Gabariers assureront aussi le transport de pommes et du fameux cidre de Pleudihen dont les malouins appréciaient la qualité.

Leurs gabares étaient de lourdes embarcations (entre 9,50 et 10 m. de long pour environ 4m de large) aux voiles de toile rousse de chanvre. La partie centrale, et ventrue, était dépourvue de plancher afin de recevoir le fret. Les rondins placés au fond du bateau et les fagots chargés par dessus. Ce type de bateau doté d’une voile au tiers et d’un foc amuré sur la tête d’étrave était relativement lent et peu manœuvrant mais les gabariers profitaient des courants de marée particulièrement fort dans l’estuaire. L’équipage se limitait à deux hommes, le patron et un matelot, l’un à l’avant, l’autre à l’arrière.

L’activité des gabariers s’estompa fortement après la guerre de 1914/1918 avec l’arrivée du charbon d’Angleterre chez les boulangers de Saint Malo, pour cesser totalement au milieu du 20ème face l’émergence de moyens de transport plus modernes (train, route).

Le transport de personnes

 

Fête des Doris – De cale en cale du samedi 29 août 2020 au dimanche 30 août 2020

A vos Agendas!

Fête maritime haute en couleurs et conviviale qui rassemble chaque année une flotte d’une centaine de doris qui navigue de cale en cale et relie les 2 rives de La Rance tout au long du week-end. On y retrouve aussi des yoles de mer, des vieux gréements, tous passionnés par l’histoire des Terre-Neuvas. Cette manifestation a pour ambition de rassembler autour de la Rance les amoureux de navigation, d’histoire et de patrimoine. La Fête des doris est organisée par l’Association pour le Développement de la Vallée de la Rance (A.D.V.R.) qui regroupe 12 communes riveraines de La Rance, de Saint-Malo et Dinard au nord, jusqu’à Pleudihen-sur-Rance au sud.

 

Pour cet article j’ai visité le site de la commune de Pleudihen

https://pleudihen.fr/les-gabariers-de-la-rance/

J’ai également visité le site de la commune de Saint-Suliac qui dédie une page à l’Association La Chippe Maria. Si vous souhaitez contacter son Président M Loïc Lucas, voici son adresse mail

lachippemaria@gmail.com

Et j’ai aussi tiré beaucoup de:

Vie, pêche et traditions de la Rance, de Dinan à Saint-Malo. Michel Mauffret. Editions Cristel, 2007

Enfin je souhaite chaleureusement remercier Laurence Sorre des Archives de la Ville de Saint-Malo pour son aide dans la recherche iconographique

Pour plus d'information

Vous avez des questions sur cet article ou sur les activités à faire en Rance?

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